De Muzillac à Arzal

Tour de Bretagne [Étape n°75]

Fingers
Un peu de douceur dans ce monde de brutes…

Réveil en douceur ce matin dans la chambre de ce petit hôtel sans prétention où j’ai bien dîné et bien dormi. Je me sens requinqué et pas particulièrement pressé de me lever tandis que j’écoute la pluie plic-ploquer sur les ardoises du toit.

Allez, il est presque 9 heures, en route. Mais d’abord, quelques courses au Carrefour City de Muzillac. Un paquet de chips, deux tranches de rôti de porc, des amandes, de la semoule, un gros morceau de parmesan et des biscuits au chocolat blanc genre Fingers, histoire de marier plaisir et calories. La boulangerie est sur mon chemin, ce serait faire offense à la boulangère de passer sans lui acheter un pain aux raisins pour mon petit déjeuner et une petite miche pour plus tard.

Le tout est débarrassé de ses emballages (sauf les chips !) et reconditionné dans des ziplocs pour prendre moins de place et peser moins lourd. C’est impressionnant de voir le volume de tous les emballages (papier, plastique, carton…) que je dépose dans une poubelle avant de me remettre en chemin, bien alourdi quand même.

Il ne se passe pas dix minutes avant qu’il recommence à pleuvoir — mais à vraiment bien pleuvoir — tandis que je gagne Billiers, puis la pointe de Penn Lann où je vais quitter le bord de mer. C’est là, en effet, que se trouve l’embouchure de la Vilaine dont je vais désormais remonter le cours pour finir mon tour de Bretagne.

Pour fêter dignement cet adieu provisoire à ma compagne de tant d’étapes de marche, rien de mieux qu’un déjeuner d’huitres et de fruits de mer dans un restaurant quasi-désert avant de remettre veste et pantalon de pluie et de repartir sous les trombes d’eau. Une chose est sûre, je ne regrette pas d’avoir emporté un parapluie.

De Penvins à Muzillac

Tour de Bretagne [Étape n°74]

Temps de pluie
Pluie, pluie, pluie…

Il a plu toute la nuit. Les vaches ne sont pas revenues. J’imagine que, même sous la pluie, la nuit, les vaches dorment, et elles ont bien raison !

Moi aussi, bercé par le bruit de la pluie sur la toile, j’ai plutôt bien dormi. Un sommeil par tranches d’une heure trente entrecoupé de rêves, comme à chaque fois que je bivouaque. Il est probable que je ne rêve pas plus que d’habitude, mais que le fait de me réveiller plusieurs fois par nuit de manière plus consciente que dans mon lit — justement parce que je ne suis pas dans mon lit — m’amène à me rappeler les rêves que je faisais juste avant chaque réveil.

À 6h30, il faisait encore nuit et il pleuvait toujours à verse. Autant dire que je ne me suis pas pressé pour sortir du sac de couchage et pour ranger mes affaires. J’ai senti d’emblée que cette journée serait sans attrait, longue et terne. Effectivement, comme hier, j’ai marché sous une pluie continuelle, dense, qui faisait comme un rideau empêchant de voir quoi que ce soit autour de moi. C’est donc sans grand plaisir que j’ai posé un pied devant l’autre sur des chemins boueux, sur des routes secondaires désertes, sur une longue piste cyclable rectiligne, et sans jamais voir la mer.

Qui plus est, depuis hier j’ai mal dans la fesse gauche et, depuis ce matin, le long de la jambe gauche. Si ça n’est pas une sciatique, je ne sais pas ce que c’est… Tout à fait ce dont j’avais besoin pour améliorer mon moral. Faut pas vieillir, mon bon Monsieur !

Bon. Il est 16h30, j’ai du mal à marcher, il pleut toujours, ça suffit pour aujourd’hui. À l’entrée du bourg de Muzillac, un hôtel inattendu me tend les bras. Trop heureux de cette première bonne surprise de la journée, je m’y engouffre sans y réfléchir ne serait-ce qu’une seconde. Une bonne douche chaude, un bon repas chaud, un bon lit chaud, voilà tout ce dont j’ai besoin ce soir. Demain sera un autre jour.

D’Arzon à Penvins

Tour de Bretagne [Étape n°73]

Vaches
Bonsoir Mesdames !

Après une nuit sous la flotte, une journée sous la flotte… Le tour de la presqu’île de Rhuys se résume pour l’instant pour moi en une marche quasiment à l’aveugle, dans la pluie et le vent et sur une portion de territoire finalement très urbanisée.

J’ai connu plus agréable, mais comme disent les États-uniens : « Embrace the suck » ! OK… Je fais de mon mieux, mais la réussite est mitigée. Je commence à en avoir marre de marcher sous des trombes d’eau depuis deux jours. Les bons points dans tout cela, puisqu’il faut toujours chercher à voir le positif, c’est que parapluie et veste de pluie font bien leur boulot et que mon sac à dos est parfaitement étanche.

Le soir venu, entre les étangs, les marécages, les zones pavillonnaires et les propriétés privées entourées de barbelés, j’ai cherché pendant longtemps un endroit où bivouaquer. Je me suis enfoncé vers 17 heures dans un bois de chênes où j’espérais trouver un coin où planter la tente mais le sol sous les arbres était vraiment trop détrempé. En me frayant un passage à travers des branches et des ronces, j’ai réussi à en sortir pour pénétrer dans un grand pré apparemment vide. Apparemment.

Une fois l’abri monté, bien bas et le dos dirigé vers l’ouest en raison du fort vent de bord de mer, j’ai dîné froid sous la tente et me suis préparé à dormir tôt. Sauf que 19h30, c’est l’heure où les fauves — enfin, les vaches — vont boire… Je n’avais pas remarqué qu’à 60 mètres de l’endroit où j’avais monté la tente, au coin du pré, se trouvait une mare.

Six vaches étonnées ont tourné autour de la tente où je m’étais déjà allongé au sec, m’obligeant à en sortir pour leur faire comprendre que l’abri n’était pas comestible et que les haubans n’avaient pas besoin de leurs sabots. Elles ont eu l’air de comprendre mes explications ; en tout cas elles sont assez vite parti se désaltérer. Au retour, il m’a suffit de quelques exclamations inamicales pour qu’elles passent leur chemin et retournent à l’autre bout du pré.

J’espère qu’il ne leur viendra pas l’idée de revenir dans le coin pendant la nuit pour boire un coup entre copines.

De Saint-Colombier à Arzon

Tour de Bretagne [Étape n°72]

Séchage au soleil
Séchage au soleil…

Au cours des derniers mois, j’ai acquis dans un but d’allègement plusieurs éléments de matériel que je n’ai pas encore eu l’occasion de tester. Je les ai emportés cette fois-ci plutôt que mon matériel habituel car il est temps que je choisisse les éléments du « big three » qui seront dans mon sac à dos à partir de mai prochain, au cours de la longue marche dont je compte parler ici bientôt…

Pendant près de dix ans, j’ai utilisé comme abri une tente double-toit Power Lizard 1-2P avec laquelle j’ai découvert le bivouac et qui m’a donné longtemps satisfaction. Ma conversion à la marche ultra-légère m’a amené à la remplacer par un poncho-tarp Gatewood Cape avec lequel j’ai bivouaqué l’an dernier entre Concarneau et Auray, puis par une tente monoparoi Plexamid de Zpacks, utilisée en particulier entre Auray et Vannes. Les deux abris sont de qualité. Le poncho-tarp est plus léger, plus spartiate aussi. La tente Plexamid, spacieuse et pourvue d’une moustiquaire, est un vrai palace.

À mi-chemin entre les deux, j’ai voulu tester l’abri Hexamid Solo que j’emmène avec moi cette semaine. C’est également un excellent abri. Il m’a parfaitement protégé la nuit passée d’une pluie prolongée accompagnée de quelques bourrasques. Il est un peu plus léger que la Plexamid mais il est moins grand et un peu moins pratique à utiliser. Je ferai un point final après quelques nuits supplémentaires mais je pense que mon choix définitif se fera probablement en faveur de la tente Plexamid.

En ce qui concerne le couchage : j’ai acquis l’an dernier sur le forum randonner léger un pied d’éléphant PHD en duvet (c’est à dire un sac de couchage court — 130 cm pour le mien — qui ne couvre que la partie inférieure du corps, la protection du haut contre le froid nocturne étant assurée par la doudoune). Conçu pour les participants au Marathon des Sables, c’est un remarquable objet, très léger et bien chaud.

Je l’ai utilisé l’hiver dernier comme doublure à l’intérieur d’un autre sac de couchage 0°C confort et ai dormi ainsi sans souci par -4°C. La nuit dernière, je l’ai couplé avec un sursac SOL Escape (pour tester aussi le confort de ce dernier) et je n’ai pas du tout eu froid pour une température minimale de +5°C. En revanche, il y a eu un peu de condensation dans le sursac, et le pied du sac de couchage était humide ce matin.

Je ferai d’autres test cet automne avec des températures plus proches de zéro, mais je ne pense pas pouvoir me contenter de cette association pour un long voyage au cours duquel on peut s’attendre à des variations thermiques importantes ; en outre, la condensation à l’intérieur de ce sursac est de mon point de vue rédhibitoire.

Lorsque j’ai levé le camp ce matin, il pleuvait encore. J’ai donc laissé l’abri à l’extérieur du sac à dos. Lorsqu’en fin de matinée le soleil s’est enfin montré, ses rayons bienvenus ont rapidement séché sac de couchage, sursac et toile de tente. J’avais à peine remis tout mon barda dans le sac qu’il s’est remis à pleuvoir. Promesse bretonne tenue : il a fait beau une fois aujourd’hui !

De Vannes à Saint-Colombier

Tour de Bretagne [Étape n°71]

Les remparts de Vannes, alors que la nuit tombe
Les remparts de Vannes, alors que la nuit tombe.

J’ai toujours un sentiment bizarre de téléscopage lorsque je relate ici le récit d’une nouvelle étape qui n’est séparée de la précédente que par quelques centimètres d’écran alors que plusieurs mois de ma vie se sont écoulés entre les deux… Il y a déjà sept mois que je suis arrivé à Vannes. C’était alors l’hiver, c’est maintenant bientôt l’automne. Le temps file.

Hier soir, une fois descendu du train de Paris, je me suis promené dans la ville en cherchant un restaurant. En Bretagne, évidemment, j’ai choisi une crêp… heu, non , un restaurant indien, pourquoi pas après tout ?

Couché tôt hier, levé tôt ce matin, et premières heures de marche pas folichonnes pour sortir de la ville, sur le bitume de zones pavillonnaires. Ce n’est qu’à partir du début de l’après-midi que j’ai enfin pu marcher sur des chemins en bord de mer. Il faisait beau, presque chaud.

J’ai rattrapé un autre randonneur, un grand blond de la trentaine avec des sandales aux pieds et sur le dos un sac de 70 litres qui pesait visiblement une tonne. Pas étonnant qu’il aille moins vite que moi ! Nous avons cheminé côte à côte un bon moment en discutant de nos parcours et du contenu de nos sacs à dos. Parti de Vannes lui aussi, il m’a expliqué marcher sans but bien défini, comptant longer la côte jusqu’à ce qu’il en ait assez et d’ici là, passer ses nuits sous la tente.

Distraits par notre discussion, nous n’avons pas vu que nous nous trompions de chemin et avons eu la surprise de voir soudain notre route barrée par une haute grille fermée par un gros cadenas. Tiens, et si on regardait la carte ? Ah ben zut, nous nous sommes engagés il y a plus d’un kilomètre sur une voie privée étroite, coincée entre la mer et un étang.

Mon compagnon a décidé de continuer en franchissant la barrière par l’extérieur en posant la pointe des pieds sur un muret de 10 cm de large, 8 mètres au-dessus de la grève et des rochers. Très peu pour moi, même avec un sac à dos bien moins encombrant que le sien… J’ai courageusement choisi de faire demi-tour en direction du GR. Je ne le regrette pas car cela m’a fait passer un peu plus tard à côté d’un bois à l’orée duquel j’ai trouvé un très agréable bivouac.

À la ligne (Joseph Ponthus)

Rungis
À Rungis

Joseph Ponthus, qui travaillait comme éducateur spécialisé en région parisienne, a démissionné pour rejoindre la femme qu’il aime à Lorient. Mais voilà , une fois en Bretagne, pas moyen de trouver un poste dans son domaine. Il a alors recours aux agences d’intérim qui lui proposent des contrats « d’opérateur de production » dans l’industrie alimentaire.

En clair, il travaille désormais à la chaîne — pardon, à la ligne — là où on a besoin de sa force de travail pendant quelques jours ou quelques semaines. Tri de crevettes, usine de poissons panés, égouttage de tofu, nettoyage d’abattoirs, déplacement de centaines de carcasses de bovins, composent désormais son quotidien.

Ponthus n’est pas un ouvrier classique. Il a une formation littéraire et un besoin d’écrire qui l’amène à raconter ce quotidien par touches successives au fil des mois qui s’écoulent. Usine et écriture. La ligne dont il est question, c’est à la fois la ligne de production et chacune des lignes d’écriture qui se succèdent en retours rapides dans ce récit fait d’une prose qui ressemble à des vers.

Au fil du temps et des courts chapitres, l’auteur dévoile peu à peu des pans de son monde. Ses études littéraires, l’amour pour sa femme — pudiquement effleuré et toujours présent — ses collègues, les chefs, les monceaux d’animaux morts, son chien Pok-Pok, sa maman.

Ni pathos ni misérabilisme dans ces « feuillets d’usine » ; pas de plainte malgré les douleurs et l’épuisement physique ; une résilience de tous les instants, de tous ces jours sans fin qui se suivent. Pour tenir, il a la littérature, romans et poèmes, les chansons de Trenet, ses souvenirs et la routine.

Voilà un grand livre. Un « récit prolétarien » comme on n’en avait pas lu depuis plusieurs dizaines d’années, et qui se passe ici et maintenant. En France, au XXIe siècle.

À la ligne (Joseph Ponthus)
« C’est ignorer jusqu’à l’usine qu’on pouvait
Réellement
Pleurer
De fatigue
Ça m’est arrivé quelques fois
Hélas non quelquefois
Rentrer du turbin
Se poser cinq minutes dans le canapé
Et
Comme un bon gros point noir que tu n’avais pas vu et qui explose à peine tu le touches
Je repense à ma journée
Sens mes muscles se détendre
Et
Explose en larmes contenues
Tâchant d’être fier et digne
Et ça passera
Comme tout passe
La fatigue les douleurs et les pleurs
Aujourd’hui je n’ai pas pleuré »

Joseph Ponthus — À la ligne (La Table Ronde, 2019)

De l’Île-aux-Moines à Vannes

Tour de Bretagne [Étape n°70]

Souvenir d'Arradon
Souvenir d’Arradon

Le vent a soufflé fort cette nuit, sifflant dans les branches et faisant vibrer la toile de ma tente. J’ai eu besoin de mettre des bouchons d’oreille pour m’endormir mais en définitive j’ai bien dormi. Ce matin, le temps est couvert et il y a encore beaucoup de vent.

La fin du tour de l’Île-aux-Moines est vite expédiée et en moins de 2 heures je rejoins le bourg principal dans lequel j’achète de quoi déjeuner et que je visite en attendant le bateau. Vue de l’extérieur, la petite église ne paie pas de mine mais elle contient une très jolie sculpture de Vierge à l’enfant.

En quelques minutes de balade, je passe devant une herboristerie, un atelier de sculpture, un cabinet d’ostéopathe et bien sûr un magasin de souvenirs, situés à quelques mètres les uns des autres.

C’est drôle, deux populations coexistent dans l’île. Il y a d’un côté ceux que j’ai vus en en faisant le tour – des paysans, des pêcheurs, des ostréiculteurs – et de l’autre côté les citadin(e)s en loden ou en manteau de fourrure que je croise ici ce matin. D’un côté des tracteurs et des bateaux de pêche, de l’autre des scooters dernier cri traînant une élégante petite remorque pour y placer les courses. Ce village, c’est « Neuilly-sur-Golfe » ; qu’est-ce que cela doit être au mois d’août !

Une éclaircie se fait dans les nuages pendant les quelques minutes de la traversée jusqu’à Port-Blanc. Elle est de courte durée, et ce sera la seule de la journée. C’est sous un ciel bas et lourd que je finis ce tronçon supplémentaire de mon tour de Bretagne, via Arradon où de nombreux souvenirs m’attendent.

Et voilà, l’étape est finie… J’arrive à la gare de Vannes où je vais prendre une nouvelle fois le train pour Montparnasse. Une nouvelle fin de tronçon, encore une. Ce fut un tronçon particulier, plus îlien que continental. Il n’a duré que six jours, mais ce furent six très bonnes journées, avec un temps presque toujours beau et en tout cas sans une goutte de pluie, avec de beaux paysages et plusieurs bivouacs magnifiques. Que demander de plus, si ce n’est de pouvoir revenir le plus tôt possible ?

De Botconan à l’Île-aux-Moines

Tour de Bretagne [Étape n°69]

Un bivouac de rêve
Un bivouac de rêve

Il est vraiment très utile de pouvoir consulter sur son smartphone les photographies aériennes au 1/6.250ème des zones où l’on envisage de bivouaquer. C’est ainsi que j’ai repéré à l’avance l’endroit magique où j’écris ces lignes, dénommé Pointe de Kastell er Guévr.

Je suis assis sur des rochers en bord de mer. Derrière moi se trouve le bosquet de pins où j’ai trouvé ce superbe bivouac. Devant moi, un bras de mer me sépare du soleil qui se couche. La mer monte, elle sera au plus haut dans trois heures environ. La crique devant moi n’est qu’un grand parc à huîtres. J’entends tout en écrivant les cris de nombreux oiseaux, entre le roulement et le croassement. Il y a des canards, des sarcelles, des huîtriers-pies… Il fait sombre, je ne les vois pas bien mais je les entends !

Je suis parti ce matin un peu avant huit heures. Avec l’habitude, il devient plus rapide de se mettre en route car une routine s’installe pour le rangement des affaires dans le sac et l’ordre de ce que l’on fait. J’ai marché très agréablement, aujourd’hui encore avec un grand beau temps, bien que froid le matin. Je suis passé au sud de Baden puis ai fait le tour de Larmor-Baden et suis arrivé à Port-Blanc vers le milieu de l’après-midi.

Sur l’embarcadère, un bateau s’apprêtait à partir pour l’Île-aux-Moines… je suis monté dedans. Je ne l’avais pas prémédité mais sinon, au rythme où j’avance, j’arriverai à la gare de Vannes un jour trop tôt, alors autant ajouter une seconde île (dont la circonférence ne fait que 24 km) à cette portion déjà assez particulière de mon tour de Bretagne.

L’Île-aux-Moines est à l’évidence un endroit très touristique – en été, cela doit être insupportable – mais assez joli et avec du cachet dans les villages. Je ne regrette pas du tout cette décision de dernière minute.

Assis sur mon rocher en bord de mer, j’ai regardé le soleil disparaître de l’autre côté de la crique. La nuit est tombée, il fait maintenant assez sombre pour que je fasse ma toilette sans risquer d’effaroucher un(e) promeneur(se) tardif(ve).

D’Auray à Botconan

Tour de Bretagne [Étape n°68]

cimetiere
Le cimetière de bateaux de l’anse de Govillo

Matinée charnière. Maintenant que j’ai fini le tour de Belle-Île, il me faut regagner Auray pour poursuivre le cours « normal » de mon tour de Bretagne. Après la soirée d’hier (lessive, toilette, rasage, crêperie), je me suis couché vers 21 heures et ai dormi d’un sommeil profond jusqu’à 7 heures du matin. L’avantage de dormir sous un toit – outre le fait qu’on soit dans un lit – c’est qu’on peut partir sitôt réveillé ou presque, sans avoir besoin de ranger tout son barda.

Après un détour par la boulangerie (mais ce n’était pas la même sympathique boulangère, adepte de randonnée, que samedi matin), je prends un billet sur le Bangor, départ à 9h45. Comme à l’aller, je m’installe sur le pont supérieur, bien emmitouflé car, s’il fait toujours aussi beau, il fait vraiment bien froid. À Quiberon, j’attrape le bus pour Auray où j’arrive peu avant midi pour un nouveau départ à pied, depuis cette gare où je suis arrivé et ai repris le train pour Paris il y a presque sept mois.

C’est une marche très différente de celle des jours précédents, quasiment sans dénivelé, sur des chemins tantôt champêtres, tantôt forestiers, longeant la rivière d’Auray et son affluent la rivière du Bono. Les paysages sont beaux et reposants, avec, à marée basse, de vastes zones de schorre où les oiseaux picorent leurs repas.

cerisier
L’après-midi, la température commence à grimper. Je marche avec pour seul haut mon tee-shirt à manches longues, vite trempé. C’est un véritable avant-goût de printemps avec des oiseaux partout et des fleurs jaunes parsemant le sol.

Alors que je remplis ma bouteille au robinet du cimetière du Bono, mes yeux se posent, par-dessus le mur d’enceinte, sur mon premier cerisier en fleurs de l’année. Vite, un vœu !

L’anse de Govillo est située dans un repli de la rivière du Bono. C’est là que beaucoup de bateaux sont amenés pour y finir leur vie. Plusieurs dizaines d’épaves gisent ainsi côte à côte sur la vase, donnant au lieu un caractère mélancolique. On ne peut s’empêcher de penser à la finitude dans un tel cimetière, près de ces carcasses qui pourraient aussi bien être des éléphants…

detail
Coque peinte (détail)
C’est néanmoins joli, et très intelligemment illustré par de nombreuses pancartes consacrées à l’ornementation et à la signalétique des bateaux, avec des photographies d’amateurs parfois remarquables.

Près du hameau de Botconan, j’installe mon bivouac dans un bois de hêtres dont beaucoup sont morts et ont été livrés aux bûcherons. La préparation du terrain est un peu fastidieuse ; elle nécessite un nettoyage du sol méticuleux pour retirer les ronces et les débris, à un endroit que j’ai choisi un peu dégagé pour ne pas risquer qu’une branche morte y tombe pendant la nuit. Il me faudra plus d’une demi-heure, pratiquement centimètre par centimètre, pour être certain de ne pas laisser en place une épine traîtresse et perforatrice de matelas gonflable.

De Pouldon au Palais

Tour de Bretagne [Étape n°67 - Belle-Île 3/3]

Bouquetins
La famille Bouquetin est de sortie !

J’ai encore passé une excellente nuit. Il a fait +2°C au plus bas, je n’ai pas eu froid sous ma tente laissée grande ouverte, et au réveil il n’y avait pas la moindre condensation sur la toile. Prendre la Plexamid était décidément le bon choix. Départ vers 8h30, temps superbe aujourd’hui encore, et aujourd’hui encore des descentes, des remontées, des descentes, des remontées… Jusqu’à Port Andro, cela n’arrêtera pas, dur dur par moments.

Sur cette île, on voit la mer partout, mais le plus souvent on la voit de loin, ou d’en haut. Même quand on descend (avant de remonter, bien sûr…), c’est souvent un peu à l’intérieur des terres, pour franchir un ruisseau. Atteindre la mer, lorsque c’est possible, nécessiterait alors de faire un détour pas forcément facile en suivant le ruisseau. Donc, la mer, on la voit beaucoup, on ne l’approche pas tant que cela.

casse-pattes
Je marche assez péniblement ce matin et ma lenteur m’agace d’autant plus qu’un panneau indiquait « Pointe du Skeul, 3 km » il y a près d’une heure et demie et que ladite pointe n’arrive toujours pas… Pas étonnant puisqu’en regardant la carte, je réalise que ce que j’avais pris pour un 3 sur le panneau était probablement en fait un 8 !

Mais finalement, la pointe arrive et peu de temps après c’est la récompense à mes efforts : une famille de bouquetins, papa, maman et ado bouquetins, assez peu farouches pour continuer à grignoter des jeunes pousses à quelques mètres de moi pendant plusieurs minutes. Ils font mine de ne pas prêter attention à moi mais j’ai bien compris leur manège : en fait, ce sont de vrais cabots qui posent sans en avoir l’air pour mes multiples photos.

Après cet intermède animalier, nouveau détour, cette fois-ci vers le cimetière de Locmaria, pour chercher de l’eau – j’ai fin par consommer toutes mes réserves – puis retour sur la côte. Déjeuner sur la plage de Port-Andro, suivi d’une petite sieste au soleil avant de repartir pour la portion la plus facile du parcours, jusqu’au Palais.

Arrivé au Palais peu avant 19 heures, que faire ? Je pourrais reprendre tout de suite le bateau mais une fois à Quiberon, où trouverai-je à la nuit tombée un bivouac dans le sud urbanisé de la presqu’île ? Quitte à devoir y chercher un hôtel, autant reprendre ici la même chambre que vendredi soir (et retourner dîner dans la même excellente crêperie). Aussitôt pensé, aussitôt fait. Attention bonhomme, tu t’encroûtes !

Tour de Belle-Île : au total, environ 79 km et 1.650 m de dénivelé positif et négatif.

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