De Lorient à Plouhinec

Tour de Bretagne [Étape n°60]

Le lavoir de Saint-Sterlin, parfaitement entretenu

Qu’on est bien dans un lit ! Ce matin, je n’avais vraiment pas envie de me lever et de repartir. Bien que réveillé vers 6 heures, j’ai traîné au lit et me suis d’autant moins pressé pour reprendre la route qu’il faisait un sale temps, ciel gris et petite bruine qui mouille. Nuit pluvieuse, matin pluvieux, c’était le bon jour (enfin la bonne nuit) pour dormir à l’hôtel…

Je suis quand même parti vers 8 heures, un dimanche c’est courageux, non ? Lorient est une ville très étendue, avec au moins trois ponts principaux espacés de plusieurs kilomètres. Le tour de la ville et de l’embouchure du Blavet prend trois bonnes heures, avec des passages très beaux avant et après le Pont du Bonhomme. Ensuite, le GR 34 suit des chemins et des petites routes peu fréquentées, mais pas de littoral aujourd’hui, je n’ai même pas vu la mer.

Depuis deux jours je marche sans bâton et je constate que je vais incontestablement plus vite ainsi. Le bâton unique donne un rythme, aide un peu dans les montées et stabilise dans les descentes et dans les chemins boueux, mais contrairement aux deux bâtons de la marche nordique, il ralentit plutôt le marcheur, me semble-t-il. En tout cas, c’est ce que je constate pour moi. Lorsque mon sac était lourd, il m’aidait bien. Maintenant, je n’en ressens plus le besoin.

Vers 13 heures, déjeuner dans un endroit charmant, hélas infesté de moustiques : un ancien lavoir, rénové et entretenu par un passionné, et décoré par ses soins.

Depuis le randonneur aux galettes de Pont-Aven, j’ai croisé beaucoup de touristes et de promeneurs, mais pas un seul randonneur. Cet après-midi, sur une route minuscule près de Kermorvan, un taxi (!!!) s’arrête à côté de moi. Deux jeunes femmes en sortent avec des sacs à dos aussi gros qu’elles. Ce sont deux allemandes qui randonnent en Bretagne. Elle étaient hier sur l’île de Groix et se font déposer là pour ne plus avoir que 15 km à faire à pied jusqu’à Plouhinec où elles ont réservé ce soir une chambre. On discute, on se sépare, on se retrouvera deux fois dans l’après-midi au gré de nos « pauses techniques » respectives.

En fin d’après-midi, il se remet à pleuvoir par averses drues successives. J’hésite à sortir la Gatewood Cape pour m’en servir comme poncho, mais à l’idée de devoir retirer les haubans qui se trouvent aux coins de la toile, puis ensuite replier celle-ci comme je pourrai, pour avoir ensuite une tente mouillée, je décide que ma veste de pluie toute neuve remplira sûrement très bien son office, et qu’il faut baptiser mon sac à dos étanche.

J’avais repéré sur Iphigénie, en mode photos, un coin tout vert paraissant OK pour le bivouac de ce soir. Mais hélas, il s’agit d’une zone de très hautes herbes, puis de fougères. Impossible d’y planter la tente. En revanche, en cinq minutes j’ai les pieds trempés. Chaussures basses non goretex, guêtres ou pas guêtres, visiblement c’est la même chose. Voilà un point où les chaussures à tige moyenne et en goretex que j’utilisais auparavant (des Lowa Renegade MID GTX) marquent un point.

Après un moment d’errance et de solitude humides qui me paraît très long, je finis par m’installer derrière une maison, en bordure d’un champ et sous un grand pommier dont les branches retombantes et fournies me cachent assez bien. Demain sera un autre jour…

De Guidel à Lorient

Tour de Bretagne [Étape n°59]

Quelques kilomètres avant Lorient
Quelques kilomètres avant Lorient

Quand je me réveille vers 5 heures et demie, il ne pleut plus, mais le sursac me paraît plus lourd que d’habitude et j’ai comme un poids sur les fesses… En fait, le mât est retombé sans que je m’en rende compte, et j’ai dormi sans souci, bien à l’abri dans le sursac et sous la toile de la tente effondrée. Je sors de là un peu ahuri et constate en effet qu’il a bien plu… mais à l’intérieur du sursac pas une goutte, et mon duvet est resté sec. Aux innocents les mains pleines !

Alors qu’il fait encore nuit, je relève donc une nouvelle fois la tente, que le vent resté fort sèchera en moins d’une heure tandis que je finis ma nuit. A 7 heures, je lève le camp.

Matinée assez monotone, à marcher sous les nuages bas et dans le vent jusqu’à Larmor Plage où j’arrive encore, comme par un fait exprès, au moment précis de l’ouverture d’un restaurant de plage. Comme j’ai besoin de me refaire une santé après ces émotions et que je n’ai jamais mangé de hamburger au rouget, plat du jour (pas mauvais du tout), je m’offre une pause.

L’après-midi, je rejoins Lorient en quelques heures, fais le tour de l’ancienne base de sous-marins, du musée sous-marin et du port et décide que j’ai bien mérité une nuit sous un toit, d’autant que je ne me vois pas planter la tente dans un jardin public de la ville. Va donc pour un hôtel cette nuit ! Une bonne douche chaude, un rasage bienvenu, ma lessive, des fils tendus partout dans la chambre pour faire sécher le linge et, après des moules marinières à la brasserie du coin, dodo à 19h30 ! Demain je redeviendrai sauvage mais ce soir, vive la civilisation !

De Kercarn à Guidel

Tour de Bretagne [Étape n°58]

L'embouchure de la Laïta
L’embouchure de la Laïta

J’‘ai passé une excellente nuit dans ce petit pré isolé et suis reparti vers 9 heures en longeant la côte jusqu’à l’anse de Doëlan dont j’ai fait le tour avant d’arriver à un autre fleuve côtier, la Laïta. Ce cours d’eau (dont le nom a une consonance étonnamment russe, je trouve) délimite la « frontière » entre le Finistère et le Morbihan. Ce soir donc, après avoir fait sur une quinzaine de kilomètres le tour de l’embouchure de la Laïta entre Le Pouldu et Guidel c’est dans le Morbihan que je planterai la tente, après 35 étapes finistériennes.

Une fois revenu sur le bord de mer, le chemin traverse les dunes, dans un paysage qui me rappelle le Nord et ces dunes autour de Leffrinckouke, entre la frontière belge et Dunkerque, où je suis passé il y a huit ans lors de la première étape de ma Traversée nord-sud de la France… Du sable, des oyats, et des blockhaus dans tous les coins, gris, sales et couverts de tags. Une humanité glauque déambule en petits groupes peu sympathiques, et il y a de-ci de-là parmi les herbes des seringues usagées et des papiers à colombins… Voilà qui me fait rapidement rejeter l’idée de chercher un abri pour la nuit dans un des blockhaus.

Pourtant, un abri en dur n’aurait pas été de refus ce soir car il y a beaucoup de vent et le ciel se couvre, laissant présager de la pluie pour bientôt. Il est déjà tombé quelques gouttes dans l’après-midi, rien d’abondant, mais ce soir cela semble plus sérieux. La présence de nombreux étangs rend difficile de s’enfoncer dans les terres et finalement, je trouve un coin à peu près correct et plat, à une centaine de mètres de la mer, et où je suis invisible depuis les blockhaus à junkies.

Il est près de 21 heures et je suis crevé. Sans réfléchir, je monte l’abri comme les jours précédents, en m’arrangeant pour que ce soit ma tête qui soit un peu plus haut que les pieds et avec le bâton réglé à 115 cm. Une semoule froide, un reste de Coca, dodo. Enfin, j’essaie. Le vent souffle bien, et il passe sous la toile de la tente, m’arrivant directement sur le sommet du crâne. Qu’à cela ne tienne, je sors mon bonnet du sac et l’enfile, et je place le sac à dos entre ma tête et la paroi. C’est mieux que rien. Sursac fermé, bouchons d’oreilles en place, ça devrait aller…

Ben non. Ca ne va pas du tout. J’ai réussi à m’endormir plus ou moins mais vers minuit je suis réveillé par le bâton qui vient de me tomber sur les jambes. Le vent a arraché la sardine du hauban principal et le mât s’est cassé la figure. Je me dis enfin que j’aurais intérêt à rapprocher la toile du sol en diminuant la hauteur du mât. Debout donc, et nouveaux réglages de la Cape dans le vent et sous les gouttes qui commencent à tomber. Avec une hauteur de 105 cm et des haubans replacés et retendus, la toile est collée au sol presque partout, cela va beaucoup mieux, et le vent ne passe plus en desssous. Plus de deux heures avant de penser à raccourcir le mât, ce n’est pas brillant… D’ailleurs même à ce moment-là je n’ai pas pensé que j’aurais dû réorienter l’abri pour que le vent n’arrive plus de travers, mais par l’arrière. En y réfléchissant le lendemain, je comprendrai qu’orienter l’ouverture de la tente vers l’est (ce qui permet de voir le lever du soleil, en plus), et donc l’arrière vers l’ouest (d’où vient le vent marin) serait doublement une bonne idée à l’avenir.

Enfin bref. Après quelques minutes d’efforts dans le vent, je réussis à fixer tout ça et replonge dans le duvet alors que les premières gouttes commencent à tomber. J’aime bien la pluie. Les gouttes sur la toile me bercent et je m’endors.

De Kerlaïc à Kercarn

Tour de Bretagne [Étape n°57]

Bassin
Un bassin tout près de la rivière de Bélon

Je commence à bien prendre mes marques, tant en ce qui concerne le montage de la Gatewood Cape – qui m’inquiétait tout de même un peu avant le départ – que pour le choix des sites de bivouac et mon installation sous la toile. Je fixe désormais le sursac au sol avec deux sardines, côté tête, et cette nuit je l’ai totalement refermé sur moi pour me protéger, et protéger le duvet, de l’humidité. Il y avait ce matin pas mal de condensation sur la toile de l’abri, mais le sursac déperlant a parfaitement fait son office et il n’y avait aucune condensation à l’intérieur de celui-ci (la large fenêtre en mesh n’y est sans doute pas pour rien). En bref, j’étais très bien installé et j’ai d’ailleurs encore dormi comme un ange.

Je suis donc très content du matériel acheté. Je trouve toutefois que le polycree est vraiment un matériau fragile, la feuille que j’ai emportée est déjà déchirée en 4 ou 5 endroits (réparés au duct tape, ce qui me permet de repérer le côté sol et le côté matelas) et je ne lui ferais pas confiance pour protéger seul un matelas gonflable. Heureusement qu’il y a le sursac, pour cela aussi.

Je suis parti plus tôt qu’hier, en remplaçant le muesli des autres matins par le grignotage, en marchant, de ce qui restait du pain acheté hier à Pont-Aven. Comme hier, le chemin suit la rivière de Bélon, maintenant sa rive gauche jusqu’au port de Bélon, puis à Kerfany-les-Pins où on retrouve la mer.

Il y a comme ça des coups du destin contre lesquels il serait inutile de se révolter : il est midi et quart et voici que j’arrive sur le bord de mer juste au niveau d’un restaurant de plage en train d’ouvrir. Résignons nous donc, il le faut bien, pour une heure de détente, une bière et un steak, et la possibilité de recharger mon smartphone.

À ce propos, j’ai visiblement nettement surestimé mes besoins électriques. Au rythme de cinq ou six SMS, de quelques minutes de communication téléphonique et de moins de 5 points GPS par jour (pas besoin de plus étant donné la qualité du balisage), il se décharge d’environ 30 % par jour. Le soir, je l’éteins.

Sacré dénivelé !
Ces collègues randonneurs se sont attaqués
à un sacré dénivelé !
J’ai volontairement utilisé la Powerbank hier pour la décharger un peu et avoir de quoi tester le chargeur solaire. Je n’ai pas trouvé l’essai concluant, mais il est vrai que la marche s’est essentiellement faite en terrain couvert depuis deux jours. Hélas, ce ne sera pas plus concluant cet après-midi en bord de mer. S’il faut que les panneaux solaires soient exactement placés dans un angle de 90° par rapport aux rayons du soleil pour être utiles, ça risque de ne pas le faire !

J’ai marché longtemps pour trouver un bivouac car l’urbanisation de bord de mer est omniprésente dans ce coin. Après avoir un moment envisagé de dormir dans le sursac seul, sur un petit coin d’herbe à l’arrière d’une maison, j’ai fini par trouver vers 20 heures un charmant petit pré, clos par des champs de maïs sur deux côtés et par des bois sur les deux autres. Pas de porte, pas de clôture, une herbe rase, 5 ou 6 pommiers, des escargots, et une myriade de lapins qui s’enfuient en sautant dans toutes les directions à mon arrivée (j’en ai revu plus tard, pas si farouches, à 10 mètres de la tente). Génial.

De Kerochet à Kerlaïc

Tour de Bretagne [Étape n°56]

Quelque part sur un des bras de l'Aven
Quelque part sur un des bras de l’Aven

J’ai dormi comme un loir, me réveillant simplement deux ou trois fois pour avoir le plaisir de me rendre compte que je dormais. Ce bivouac était vraiment parfait et j’ai du mal à le quitter mais une fois parti, je trace jusqu’à Pont-Aven où j’arrive en moins de deux heures.

Mon bon rythme ne m’empêche pas toutefois d’être rattrapé par un randonneur avec un énorme sac à dos tombant sur le bas du dos et deux sacs en plastique bringuebalant sur les côtés. Le visage rouge à éclater, il m’explique en haletant qu’il finit un tronçon de GR 34 débuté à Audierne, avec nuits en chambres d’hôtes, et s’excuse de continuer à fond de train, mais il a peur de manquer le bus à Pont-Aven.

Je l’y retrouverai un peu plus tard, ayant visiblement eu le temps de faire quelques courses puisqu’il est maintenant chargé aussi d’un sac en papier avec trois boîtes de Traou Mad en plus du reste. Nous aurons même quelques minutes pour discuter avant qu’il prenne son bus pour Quimper. Il est estomaqué par le volume de mon sac. « C’est vrai que j’ai tendance à toujours prendre trop de vêtements de rechange… »

Pont-Aven en juillet, c’est comme, sous d’autres cieux, les Baux-de-Provence ou Saint-Guilhem-du-Désert : des touristes, des magasins bobos, des touristes, des magasins bios, des touristes, des magasins de fringues… J’avais envisagé de faire un tour au musée, Gauguin oblige, mais faire la queue dans cette foule est au-dessus de mes forces. Je file, après avoir quand même profité des bienfaits de la civilisation pour acheter du pain et quelques autres denrées comestibles, et pour déguster dans une crêperie deux galettes complètes arrosées d’une bolée de cidre. On est en Bretagne, tout de même !

Neuf compères pas tristes
Neuf compères pas tristes !
Une demi-heure plus tard, je passe devant une dizaine de personnes attablées sur une pelouse et leur lance un « Bonjour, bon appétit » de circonstance. « Salut le sportif ! Un coup de rouge ? » m’est-il répondu. « Ah, ben… ma foi oui, c’est pas de refus ! » Et me voilà attablé avec 9 compères – rien que des hommes – qui attendent que la marée soit au plus haut, vers 16 heures, pour partir en mer. Un petit verre, deux petits verres, j’accepte vite le saucisson et le fromage proposés, pour aider ma tête à cesser de tourner, et heureusement que je n’étais pas à jeun lorsque je suis arrivé…

Très sympas, ces gars-là, tous retraités ou quasi, et intarissables sur leur passion, la remise à flot d’un bateau à voile nommé « La Belle Angèle ». Lorsque je me décide à repartir, il insistent à toutes forces pour que j’emporte une de leurs bouteilles de jaja… Mais, responsable jusqu’au bout du bout du sacrifice, je réussis à refuser pour cause de MULitude, ce qui est finalement compris, accepté et pardonné.

Il fait toujours très chaud mais, comme ce matin, le chemin reste sous le couvert des arbres, sur la rive gauche de l’Aven puis, après la Pointe de Penquen, sur la rive droite de la Rivière de Bélon. Le village de Bélon (ça s’écrit BÉlon – avec un accent aigu – mais ça se prononce BElon, le français est une drôle de langue), mondialement célèbre pour ses huîtres malgré les vicissitudes qui les ont atteintes, le village, disais-je, est séparé en deux par la rivière. A Bélon rive droite, les huîtreries. De l’autre côté de la rivière, à moins de 100 mètres, le port. En bateau, c’est l’affaire de cinq minutes. A pied, c’est plus de vingt kilomètres. J’y serai demain.

Le Moulin Edouard
Le Moulin Edouard, au fond de l’anse de Penmor
Plus loin, tout au fond de l’anse de Penmor, une fontaine, bien indiquée sur la carte, me fournit l’occasion de faire une lessive et une grande toilette sous les arbres et parmi les moustiques. Ouille. J’avais peu de temps auparavant déjà fait le plein d’eau au Moulin Édouard.

Un champ fera l’affaire pour le bivouac de ce soir. Tente montée, polycree par terre, sursac, et dedans le matelas et le duvet, tout cela est bouclé en un quart d’heure. Eh eh, je deviens un vrai pro !

De Kerlaëren à Kerochet

Tour de Bretagne [Étape n°55]

Bivouac au bord de l'Aven
Bivouac sur les bords de l’Aven

Première leçon : ne pas bivouaquer dans un champ de blé coupé, même en l’aplatissant de son mieux il y en a toujours un brin qui dépasse. Heureusement pas de dégât matériel, seule une de mes joues a décidé de rejouer Scarface. Deuxième leçon : un matelas gonflable NeoAir dans un sursac Millaris posé sur du polycree, ça glisse dès que la pente dépasse, hum, disons 0,01 degré. J’ai passé une bonne partie de la nuit à nager pour rester sous la toile.

Réveil définitif vers 7 heures, petit déjeuner rapide fait d’un muesli à l’eau froide, et à 8 heures, en route ! Grand ciel bleu dès le matin, et très vite voici la chaleur qui monte, qui monte… Il doit faire plus de 30 degrés à l’ombre mais sur le bord de mer il n’y a pas d’ombre. Les plages sont pleines de vacanciers occupés à bronzer, à jouer sur la plage et à se baigner sous un soleil de plomb. Avec ma tenue de randonneur, mes chaussures et mon sac, je détonne dans le tableau ; leur uniforme à eux c’est maillot de bain, avec ou sans T-shirt. Ils me regardent passer, je les regarde en passant. Deux mondes différents qui se côtoient…

Midi et quelques. Il fait terriblement chaud. J’ai bu régulièrement et me suis rafraîchi à des toilettes de plage où j’ai pu, à deux reprises, rincer mon T-shirt à grande eau puis avec délices le renfiler mouillé, tremper aussi mon buff, boire et refaire le plein de mes bouteilles. Pourtant je suis épuisé. Vers 16 heures, gros coup de pompe. J’avance à deux à l’heure et ai besoin d’une pause. À l’anse de Rospico, je m’arrête dans un café de plage pour boire un Coca (eau + sucre, voilà ce qu’il me faut). Je suis tellement à côté de mes pompes que, d’un faux mouvement, je réussis à faire tomber de la table la bouteille qui se casse en projetant des morceaux de verre qui m’entaillent le mollet. Cela n’est pas très profond mais cela saigne pas mal, et voilà deux jolies serveuses qui se précipitent pour me soigner et s’occuper de moi… Ben vous savez quoi ?… je me laisse faire, hein, stoïque et courageux. Elle est pas belle la vie ?

Un pansement plus tard et après moult effusions et remerciements, le double balafré (joue et mollet) repart. Finalement, cet épisode m’a requinqué et c’est plein d’ardeur que je m’engage sur la remontée de la rivière Aven. Vers 18 heures, après avoir laissé passer quelques sites de bivouac très convenables mais arrivant trop tôt, je tombe sur LE site ! Au bord de la rivière, en léger surplomb sur une pointe de terre entre deux bras de la ria, une surface bien plane, recouverte de ce qui doit être de la vase séchée et d’un peu d’herbe, juste à l’écart du chemin. Il est probable que cet endroit est sous l’eau lors des grandes marées, mais puisqu’on est en période de bas coefficient, pas de problème.

Je me sens déjà plus à l’aise pour monter la Gatewood Cape, ce qui est fait en quelques minutes. En ne tendant pas trop la toile au début, j’arrive à un résultat pas mal du tout.

Et maintenant, profitons de la tranquillité des lieux et de ce que le soleil soit encore là pour faire une vraie toilette. Mais… Ô dieux hospitaliers, qui vois-je ici paraître ? Une tique, nichée en un endroit de mon anatomie particulièrement privé. Après vérification approfondie, y compris à l’aide d’un miroir, j’en trouverai trois, probablement attrapées lors du bivouac d’hier (peut-être à cause des herbes mises sous le sursac ?) car je vois mal comment j’aurais pu les attraper aujourd’hui en marchant sur les plages. Le tire-tique a fait son office. Resquiescant In Pace ixodes.

Bon. Après toutes ces émotions, requinquons-nous avec de la grande cuisine (ce soir, saucisson-coquillettes). Ensuite, un peu de lecture et au dodo.

De Concarneau à Kerlaëren


Tour de Bretagne [Étape n°54]

La Ville Close de Concarneau
La Ville Close de Concarneau, vue depuis l’autre côté du port

C’est reparti ! Et cette fois-ci, je repars en mode « MUL » (pour Marcheur Ultra-Léger – mais pour être honnête, il faudrait plutôt parler dans mon cas de « MA », pour Marcheur Allégé…) avec mon nouveau sac à dos Hyberg Bandit, une Gatewood Cape au lieu de la tente Power Lizard qui m’accompagne depuis près de 10 ans, et en ayant épuré en quelques semaines le contenu de mon sac à l’aide des informations recueillies sur le forum randonner-léger. Yes !!!

Le voyage en train de la gare Montparnasse jusqu’à Rosporden m’a paru durer une éternité… Une fois arrivé, j’ai pris le bus jusqu’au port de Concarneau où le tronçon précédent s’était achevé en avril, et hop ! c’était reparti. Pas question de couper en empruntant le bac qui traverse directement le port depuis le bout de la Ville close comme le fait le GR34, ce fainéant ! Je commence par faire tout le tour du Port par le nord. Temps superbe, ciel bleu et pas de vent.

Ce nouveau sac à dos est vraiment très agréable à porter. Je l’ai rempli en mettant contre la paroi dorsale mon sac de couchage modérément comprimé et aplati dans un sac étanche de 13 litres. Prendre un sac étanche pour le duvet est peut-être excessif puisque ce sac à dos en cuben est lui-même étanche, mais le port du sac est en tout cas très confortable ainsi. Je suis même surpris de ne pas transpirer plus du dos, malgré la chaleur, avec ce sac sans armature qu’avec le sac avec armature + filet suspendu que j’utilisais auparavant (sac Exos d’Osprey).

J’ai ajouté au sac deux poches de ceinture, une poche de bretelle et un porte-bouteille. Dans la poche de droite, 500 grammes de noisettes, amandes et raisins secs « pour la route », dans celle de gauche jumelles et APN. C’est un peu pénible à mettre en place, la fine ceinture s’entortille sous le poids des poches, mais ensuite c’est nickel, je ne les sens plus.

Seul bémol avec ce sac, il a décidé de lui-même de s’alléger de vingt grammes dès les premières heures de marche car la partie gauche de la ceinture pectorale, que je n’avais pas fermée, s’est détachée toute seule et est tombée sans que je m’en rende compte. A l’usage, et vu la légèreté du sac, je m’en suis passé sans problème, mais bon.

Une fois sorti de Concarneau, le GR 34 commence à faire des tours et des détours autour des anses et des étangs de bord de mer, avec parfois des vues magiques :

Les 20 km de cette demi-journée de marche m’auront ainsi éloigné de moins de 5 km du centre ville à vol d’oiseau. Toutefois, la multiplicité des terrains privés et des zones habitées fait qu’il est difficile de trouver un endroit où poser mon premier bivouac et, vers 19 h 30, je finis par me décider à monter la tente en bordure d’un champ de blé coupé. C’est loin d’être idéal, mais en m’installant tout près de la haie qui en fait le tour, en aplatissant soigneusement les brins trop agressifs et en amassant de l’herbe sous le sursac, j’arrive à protéger celui-ci et, surtout, le matelas gonflable.

C’est mon premier montage de la Gatewood Cape en conditions réelles et non pas sur une pelouse… Pas trop mal, ma foi, avec le bâton réglé à 115 cm, même si l’abri une fois monté a une drôle d’allure, avec un sommet très pointu et une nette concavité entre celui-ci et le point d’attache postérieur. J’ai dû trop tendre la toile latéralement mais bah, ça tient, il n’y a pas de vent, il est 8 heures du soir et j’ai faim. A table ! Il y a de la purée FLF au menu ! Vive la vie !

L’archipel d’une autre vie (Andreï Makine)

Dersou Ouzala
Soldats russes dans la taïga
Image extraite de Dersou Ouzala, film d’Akira Kurosawa d’après le livre de Vladimir Arseniev

Dans les années 1970 du « communisme vieillissant qui coïncida avec notre jeunesse », selon les mots du narrateur, celui-ci est un adolescent, orphelin de deux « héros du peuple », qui apprend sans entrain le métier de géomètre aux confins de la Sibérie extrême-orientale. Désœuvré, il s’apprête à partir randonner dans la taïga lorsque son attention est attirée par un mystérieux inconnu qui, lui aussi, s’y enfonce. Sans bien savoir pourquoi, il commence à le suivre en cachette. En fait, l’inconnu a immédiatement remarqué qu’il était suivi et à l’occasion du premier bivouac, neutralise le garçon. Se rendant compte de son caractère inoffensif, il lui offre du thé et l’interroge sur sa vie, avant de lui raconter la sienne…

En 1952, pendant la guerre de Corée, Pavel Gartsev est un jeune homme de 27 ans cantonné dans l’extrême-orient sibérien avec des dizaines d’autres soldats dont les autorités soviétiques testent la résistance en cas de conflit atomique. Un détenu dont on ne sait rien s’est échappé et s’est enfoncé dans la taïga, il faut le rattraper. Les soldats Gartsev et Vassine sont désignés pour assister dans cette mission le commandant Boutov, le capitaine Loukass et le sous-lieutenant Ratinsky.

Au fil des jours et des nuits de poursuite, le fugitif fait montre d’une ruse et d’une connaissance de la taïga qui mettent à rude épreuve ses poursuivants. Feux de camps multiples pour déjouer ceux qui le traquent, pièges en tous genres, gibier empli d’herbes soporifiques qui endorment leur chien, l’inconnu a plus d’un tour dans son sac. Au fil des jours, ses relations avec ses poursuivants deviennent presque intimes, tandis que les personnalités des cinq soldats se révèlent au grand jour. Le commandant Boutov, amateur de vodka et finalement assez brave homme, tremble devant le véritable chef de l’expédition, le capitaine Loukass, à qui sa fonction de responsable de la sécurité donne le pouvoir d’écrire des rapports qui signifient la vie ou la mort ; le sous-lieutenant Ratinsky, lâche et arriviste, est torturé par des rêves dans lesquels des nuques accusatrices le regardent, celles des nombreux hommes qu’il a exécutés d’une balle ; Mark Vassine, qui pleure la mort de son chien tué par le maladroit Ratinsky, se sent vite solidaire de l’inconnu dont il est le premier à découvrir l’identité. Comme Gartsev, il lui vient bientôt secrètement en aide. C’est grâce à ce fugitif, Elkan – dont je ne dirai rien – que Pavel Gartsev réussira à vaincre son « pantin de chiffon », comme il appelle la peur qui est en lui.

Le titre du roman trouve enfin son explication dans la dernière partie du roman, lorsque Gartsev finit de raconter son histoire… une histoire de chasse à l’homme, dans des paysages magnifiques au sein desquels il faut déchiffrer des empreintes, suivre des traces, traverser des fleuves à gué, repérer des feux de camp, marcher, chasser et dormir… Une histoire qui, bien qu’elle commence un demi-siècle plus tard, m’a fait irrésistiblement penser au magnifique livre de Vladimir Arseniev, Dersou Ouzala, et au film tout aussi splendide qu’Akira Kurosawa en a tiré.

C’est surtout l’histoire d’êtres humains dont très peu réussissent à vivre, alors que beaucoup meurent et que la plupart se contentent d’exister. Un très grand livre, un de ces rares textes qu’on referme avec les larmes aux yeux, non par tristesse mais à cause de leur beauté et du bonheur qu’on a ressenti à les lire.

L'archipel d'une autre vie (Andreï Makine)
« Bientôt, ses trois feux brillèrent. Dans l’encoignure d’un repli boisé, je distinguais sa silhouette qui passait devant les flammes. [...]

Auparavant, nous étions plusieurs et je ne pouvais supposer [...] qu’une attitude nous visant tous : sa peur, son dégoût, sa volonté de fuir cette meute de militaires, tantôt veules, tantôt agressifs.

Désormais, il n’y avait que moi – un homme, éreinté par la poursuite, le mauvais sommeil, le nourriture insuffisante [...] J’avais allumé un feu, préparé un repas et je restais immobile, le regard perdu dans les flammes. Je humais le même air empli de douceur méridionale, entendais la même plainte monocorde d’un oiseau survolant nos deux refuges. Chacun de nous percevait ces minutes intimes égarées dans le temps ample et vague de la taïga. Jamais je n’avais été uni à quelqu’un par un lien aussi transparent. »
Andreï Makine — L’archipel d’une autre vie (Seuil, 2016)

The Ultimate’s Hikers Gear Guide (Andrew Skurka)

Contenu de mon sac pour le Tour de Bretagne
Contenu de mon sac à dos pour le tour de Bretagne

Andrew Skurka est un randonneur professionnel médiatisé bien connu dans le petit milieu des randonneurs longue distance, des M.U.L. et généralement de tous ceux qui prennent plaisir à se faire du mal (et tellement de bien) sur les chemins et les sentiers, dans les prés, les forêts, les montagnes voire les déserts.

Il est connu pour avoir « fait » entre autres, en thru-hike (c’est-à dire de bout en bout) l’Appalachian Trail (3 500 km de la Géorgie au Maine), la Sea-to-Sea Route (Traversée de 12 500 km dans le sud du Canada et le nord des Etats-unis, entre l’Atlantique et le Pacifique) et la Great Western Loop (boucle de 11 000 km dans l’Ouest américain). Bref, même si on peut avoir des réticences envers l’utilisation commerciale qu’il fait de ses performances, il s’agit de quelqu’un qui sait incontestablement de quoi il parle lorsqu’il donne des conseils sur la randonnée au long cours.

Le titre du livre dit clairement son contenu : c’est un guide du matériel utile à un ultimate hiker, comme l’auteur appelle le randonneur dont le but principal est le déplacement et non le camping. Il s’agit de la deuxième édition, assez profondément remaniée et mise à jour, d’un livre initialement publié en 2012. Skurka y reprend pour l’essentiel des conseils qui se trouvent aussi, mais de manière plus éparpillée, sur son site andrewskurka.com.

Comme c’est aussi le cas du site, il s’agit d’un livre très américain (entendre « états-unien ») et américano-centré. Bien sûr, il est écrit en anglais et destiné principalement aux randonneurs nord-américains, mais les américanismes touchent en fait des tas de domaines, donnant l’impression que le monde n’existe pas en dehors des États-Unis.

Andrew Skurka ne pratique la grande randonnée que sur le territoire américain ; il conseille presque uniquement du matériel américain (en particulier celui pour lequel il est consultant rémunéré) et de la nourriture américaine (Buffalo Bleu chips, M&M’s, Fritos, Jack Links beef jerky, Clif Builder Bars…) ; il évoque des situations américaines (la façon de se tirer d’une rencontre avec un grizzly est par exemple intéressante à lire mais a finalement peu de chances d’être utile dans le Vercors) ; il utilise des cartes américaines sur lesquelles « un pouce représente 0,38 mile » ; l’eau dans ses gourdes pèse 2,1 livres par quart de gallon, et il ne faut pas hésiter à compléter le dictionnaire par une calculette pour traduire les degrés Fahrenheit, les ounces et les pieds carrés en unités civilisées !

Cela étant dit, c’est un livre utile et agréable à lire. Il est abondamment illustré, bien documenté et il détaille en plusieurs pages, pour chaque élément de matériel, la logique qui sous-tend les choix de l’auteur. Ses explications sont d’une grande aide pour que le lecteur fasse ses propres choix selon sa personnalité, les parcours et les circonstances.

Même si c’est un livre écrit par quelqu’un qui, à l’américaine, sait très bien se vendre, c’est un livre à avoir à portée de main pour relire, au coup par coup, des conseils sur tel ou tel point pour lequel le besoin se ferait sentir avant de repartir sur les chemins.

The Ultimate's Hikers Gear Guide (Andrew Skurka)
« Les hamacs sont un choix non conventionnel d’abri mais ils sont insurpassables dans des régions très boisées avec peu de sites permettant un bon campement [...]

Ailleurs, je dors généralement sur le sol. En randonnée légère avec des conditions faciles (peu d’orages, faible humidité, pas d’insectes, campements bien secs), je pars avec un tarp et un bivy, et la plupart du temps je ne monte même pas le tarp. En cas de scénario plus difficile, je suis prêt à accepter le poids supplémentaire d’une tente à double toit pour une meilleure protection environnementale [...]

Je peux utiliser le double-toit et la tente intérieure ensemble ou séparément [...] Les tentes peuvent aussi être préférées par les personnes qui veulent plus d’intimité et d’espace qu’avec un tarp et un bivy. Le poids supplémentaire n’est pas négligeable, mais cela peut valoir le coup si cela signifie de bonnes nuits de sommeil. » (Traduction personnelle.)

Andrew Skurka — The Ultimate’s Hikers Gear Guide (National Geographic, 2017)

Vers Compostelle (Antoine Bertrandy)

Le Camino francés

Le pèlerinage vers Compostelle est devenu une sorte d’institution, une longue marche très organisée et très fréquentée. Chaque année, c’est plus de 150.000 personnes qui en parcourent les derniers tronçons. Il est donc difficile d’être moins seul sur un chemin de randonnée qu’en suivant « El Camino de Santiago » mais même le marcheur solitaire que je suis est forcément intéressé par l’aventure que représente un voyage à pied de plusieurs centaines de kilomètres.

Au fil des années, cela m’a amené à lire bon nombre de livres consacrés au « Camino ». Leur intérêt est inégal, leur qualité littéraire également. Pour ne citer que deux livres très honorables, ni la (fausse ?) naïveté d’Alix Saint-André (En avant, Route !)) ni le regard détaché et presque entomologique de Jean-Christophe Rufin (Immortelle randonnée) ne m’ont réconcilié avec un Chemin que je n’ai toujours aucune envie d’emprunter.

Cela explique sans doute que le livre d’Antoine Bertrandy ait attendu près de deux ans avant que je me décide à l’ouvrir. Eh bien, parmi tous les livres consacrés au Chemin de Compostelle que j’ai lus, c’est assurément celui que j’ai le plus aimé, en particulier parce qu’il m’a été facile de m’identifier avec l’auteur.

Je suis bien en peine de définir un autre but que celui-ci : le sens de ma marche est d’aller de l’avant. »

Antoine Bertrandy n’est pas un aventurier. En fait, lorsqu’il décide de partir, ce n’est même pas un randonneur. C’est un homme de 35 ans qui, à un moment difficile de sa vie, « négocie » avec son épouse un départ solitaire pour un mois de marche sur le Camino francés, entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Saint-Jacques-de-Compostelle.

Les vingt-six étapes du pèlerinage sont racontées séparément dans des chapitres successifs mais il ne s’agit pourtant pas exactement d’un journal de bord. C’est un récit tonique dont le sous-titre « Drôles de rencontres » annonce la couleur : ce sont les rencontres que l’auteur a faites au cours de son périple qui en forment le cœur. Elles expliquent même en partie son évolution personnelle au fil des étapes.

Les descriptions des personnes rencontrées sont faites d’une manière souvent drôle mais presque toujours positive et empathique. L’auteur n’est pas détaché, il est totalement intégré dans le voyage, pèlerin parmi les autres pèlerins, et il ne juge pas. Il n’y a ni moquerie excessive, ni condescendance. Son ironie ne s’exerce jamais aussi fort envers autrui qu’à l’encontre de lui-même, par exemple lorsqu’il raconte sa préparation à la marche à venir par des randonnées dans Paris avec sur le dos un sac rempli de livres de Max Gallo, ou quand il décrit sa fuite devant les avances sans ambiguïté d’une randonneuse obèse en mal de tendresse.

L’humour, toutefois, n’est qu’un contrepoint aux réflexions personnelles et à l’émotion ressentie en bien des moments, par exemple lorsqu’il décrit les relations – la fin de ses relations, plutôt – avec son frère, ou quand il tente d’expliquer ce que la marche vers Santiago lui apporte, en dehors de tout motif ou considération religieuse en ce qui le concerne.

À la fin du récit, lorsqu’il a retrouvé Bois-Colombes, son épouse et leur petite fille, il réalise que le plus dur de son chemin reste à venir : il va maintenant lui falloir réintégrer la vie quotidienne.

Peut-être que le pèlerinage véritable, ce n’est pas seulement d’aller à Compostelle, mais également d’en revenir. »

Vers Compostelle (Antoine Bertrandy)
« Marcher est une activité d’une banalité confondante mais, je le comprends désormais, le pèlerin, grâce à ses seules jambes, effleure, à chaque pas un peu plus, le germe d’une transcendance.

Tout enfant se hisse un jour sur ses deux pieds pour découvrir la richesse du monde, et choisir de marcher au long cours, c’est choisir de soulager son âme par la simplicité de l’action. C’est aussi choisir d’approuver le monde dans toute sa grandeur.

Sur mon chemin intérieur, aujourd’hui, marcher devient un absolu dans lequel l’esprit, le corps et le monde se répondent dans une harmonie parfaite. J’existe. J’existe pleinement et c’est bon. [...] Je suis debout et je marche. Je suis un homme… »

Antoine Bertrandy — Vers Compostelle – Drôles de rencontres (Transboréal, 2015)

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