Enfin la Sicile !

Ortigia dans la tempête
Ortigia dans la tempête.

Trois mois après la fin de ma longue marche jusqu’à l’extrême sud italien, je peux confirmer n’avoir aucun remords d’avoir décidé, une fois arrivé à Salerne, de ne plus me diriger vers Syracuse mais vers Santa Maria di Leuca. La fin de mon périple, à travers le sud de la Campanie, la Basilicate et les Pouilles, jusqu’au bout du talon de la botte italienne, a été un plaisir de chaque instant que même la canicule des deux dernières semaines n’a pas réussi à atténuer.

Pas de remords donc, ce choix de changer de destination fut le bon. Mais des regrets… oui bien sûr. Un rêve inachevé laisse forcément des regrets.

C’est en avion que j’ai finalement atteint la Sicile il y a quelques jours pour un séjour touristique banal, à Palerme puis… à Syracuse où sévissaient la tempête et les inondations. Ce n’est certes pas ainsi que j’avais imaginé atteindre un jour Ortigia et le Castello Maniace mais finalement, j’y suis arrivé ! Bien content d’ailleurs de dormir sous un toit pendant que sévissait un ‘Medicane’ (ouragan méditerranéen) empêchant quiconque de mettre le nez dehors.

J’en ai profité pour me plonger dans la lecture du Guépard, magnifique roman sicilien dont l’adaptation cinématographique par Luchino Visconti a remporté en 1963 la Palme d’Or du Festival de Cannes.

Le guépard (Giuseppe Tomasi di Lampedusa)
« Angelica et Tancredi passaient en ce moment devant eux, la main droite gantée du jeune homme posée à la hauteur de la taille d’Angelica, les bras tendus et entrelacés, les yeux de chacun rivés dans ceux de l’autre. Le noir du frac, le rose de la robe, mêlés, formaient un étrange bijou. Ils offraient le plus pathétique des spectacles, celui de deux très jeunes amoureux qui dansent ensemble, aveugles à leurs défauts respectifs, sourds aux avertissements du destin, dans l’illusion que tout le chemin de la vie sera aussi lisse que les dalles du salon, acteurs inconscients qu’un metteur en scène fait jouer dans les rôles de Roméo et Juliette en cachant la crypte et le poison, déjà prévus dans l’œuvre. Ni l’un ni l’autre n’était bon, chacun était plein de calculs, gros de visées secrètes ; mais ils étaient tous les deux aimables et émouvants tandis que leurs ambitions, peu limpides mais ingénues, étaient effacées par les mots de joyeuse tendresse qu’il lui murmurait à l’oreille, par le parfum de ses cheveux à elle, par l’étreinte réciproque de leurs corps destinés à mourir. »
Giuseppe Tomasi di Lampedusa — Le guépard (Points Seuil)

Santa Maria di Leuca


Lundi 2 août 2021, huit heures du matin… the end.

Voilà, c’est fini, je suis arrivé. Au bout de 3.343 kilomètres parcourus en 147 étapes, j’ai atteint la pointe du Salento, l’extrémité du talon de la botte italienne. Le phare de Santa Maria di Leuca est devant moi, et la mer. Le soleil est déjà brûlant mais il y a un peu de vent.

Je suis arrivé mais comme je l’ai toujours su, « c’est le chemin qui compte, pas la destination »… Compostelle, ou Syracuse, ou Santa Maria di Leuca, peu importe finalement ; ce qui compte et qui comptera, ce sont toutes ces journées écoulées, tous ces lieux découverts, toutes ces rencontres.

Impossible bien sûr de citer toutes les personnes dont j’ai fait la connaissance grâce à ce voyage, croisées pendant quelques minutes ou dont j’ai temporairement partagé la route. Croyez-moi, je me souviens parfaitement de chacun(e) d’entre vous et, pour ceux et celles qui m’ont accompagné jusqu’ici, y compris bien sûr ma famille et mes amis, sachez que votre présence, vos commentaires et vos encouragements m’ont soutenu plus que je ne saurais dire.

Merci à tous. À bientôt.

À pied, de Paris au Salento

J’en suis là…

Lorsqu’à Salerne je me suis rendu compte qu’à moins de ne marcher que sur les routes il me serait impossible de traverser la Calabre pour rejoindre la Sicile et Syracuse, la seule solution qui m’est venue à l’esprit il y a deux semaines a été de m’arrêter à l’endroit où j’étais arrivé.

Au cours des mois précédents, je n’avais pourtant pas hésité à modifier le parcours de mon périple à chaque fois que cela m’avait semblé souhaitable, mais le nom « À pied de Paris à Syracuse » était si bien implanté dans mon cerveau que je n’ai pas pensé que rien ne m’empêchait de changer d’objectif…

Il m’a fallu un peu de temps pour me rappeler que « c’est le chemin qui compte, pas la destination » et trouver ainsi le moyen de remédier à la frustration causée par cet arrêt prématuré : je vais reprendre mon chemin là où je l’ai interrompu, avec désormais en point de mire le talon de la botte.

Je vais donc repartir dans quelques jours. Depuis Salerne, je compte rejoindre les Vie Francigene del Sud en quelques journées de marche vers le nord-est. Elles ne sont certainement pas aussi bien balisées que les chemins de pèlerinage du Nord de l’Italie mais elles devraient quand même être à peu près praticables et me permettre d’avancer. Je compte découvrir ainsi Matera, Brindisi, et finalement si tout va bien Santa Maria di Leuca, en traversant la Basilicate et les Pouilles, jusqu’à la mer ionienne. Ma « longue promenade » continue.

Pise, le retour


Retour à Pise sous un ciel radieux

Bye-bye la grisaille parisienne de ces derniers jours ! Sitôt passé les Alpes, le ciel a changé de couleur. « Nel blu, dipinto di blu », c’est un vrai bleu du sud, juste souligné par quelques bancs de nuages effilochés, qui a accompagné mon retour ferroviaire vers la Toscane, huit mois après en être parti.

Et lorsque je suis arrivé à Pise, comment dire… eh bien, c’était l’Italie ! D’accord, il n’y avait pas beaucoup de monde dans les rues et sur les places – les touristes ne sont pas encore revenus – mais l’air était lumineux, il faisait bon, et j’ai pu déguster, entre la gare et la tour penchée, ma première « birra alla spina » en terrasse depuis bien longtemps.

Patience… Plus que quelques jours et, en France aussi, on pourra de nouveau prendre un verre en terrasse.

(En attendant, pour me suivre, cela sera ici sur la page Facebook dédiée à ce périple, en attendant que je reproduise ici après mon retour tous mes articles).

Le Soleil des Scorta (Laurent Gaudé)

Un ‘trabocco’ sur la côte apulienne

Le soleil du mois d’août écrase le massif du Gargano. Ayant atteint le sommet de « ce qui semblait être la dernière colline du monde », l’homme hébété de chaleur perché sur le dos de son âne se dirige vers Montepuccio, le village des Pouilles dont il a été chassé quinze ans plus tôt, pour revoir enfin la femme à laquelle il n’a cessé de penser en prison.

Par le viol qu’il va commettre – mais qui, en fait, n’en sera pas un – et par l’erreur qu’il fait alors en prenant Immacolata Biscotti pour sa sœur décédée, Luciano Mascalzone va être à l’origine de la lignée des Scorta : son fils Rocco le bandit, les trois enfants de celui-ci (Domenico Mimi va fan’culo, Giuseppe Pepe pancia piena et Carmela Miuccia) auxquels s’adjoignent le « frère adoptif » Raffaele Faelucc’ et bientôt la génération suivante avec Elia et Donato, puis la suivante encore avec Anna.

À sa mort, Rocco a fait don de tous ses biens à l’Eglise pour que les siens, désormais, « ne soient plus fous, mais pauvres », les libérant ainsi de la malédiction familiale et leur permettant de devenir de bons chrétiens et de prospérer. Comme Faelucc’ le dira à son neveu Elia bien des années plus tard : « il faut profiter de la sueur » – ce qui veut dire que les années de labeur sont les plus heureuses de la vie.

Désormais réduits à la misère, Domenico, Giuseppe et Carmela s’embarquent pour tenter leur chance à New-York mais ils sont refoulés à Ellis Island et doivent revenir en Italie. C’est sur le bateau du retour qu’il vont gagner, grâce à leur travail et à l’entregent de Carmela, ce qu’ils appelleront « l’argent de New-York », mise de départ pour créer leur entreprise familiale, un bureau de tabac à partir duquel la famille va se faire une place au soleil. Ils vont travailler, travailler, travailler, tout gagner et choisir de tout perdre, dans la sueur et dans le silence car, si l’amour est partout, les mots sont rares chez les Scorta.

Voilà un très beau roman écrit par un amoureux de l’Italie qui connaît particulièrement bien la région du Mezzogiorno où l’histoire se déroule, cet ergot de la botte italienne où la terre, couverte de poussière et d’oliviers, est écrasée de soleil et de religion et où la mer, éblouissante et bleue, porte des barques de pêcheurs, des trabocchi et des contrebandiers. Les phrases sont courtes et sèches comme la terre des Pouilles ; on les lit comme on lirait un conte, la saga légendaire d’une famille construite au fil des générations, d’abord méprisée, puis crainte, puis admirée, mais toujours liée par l’amour et le respect de sa terre, de son sang et de son nom.

Le Soleil des Scorta (Laurent Gaudé)
« Les olives sont éternelles. Une olive ne dure pas. Elle mûrit et se gâte. Mais les olives se succèdent les unes aux autres, de façon infinie et répétitive. Elles sont toutes différentes, mais leur longue chaîne n’a pas de fin. Elles ont la même forme, la même couleur, elles ont été mûries par le même soleil et elles ont le même goût. Alors oui, les olives sont éternelles. Comme les hommes. Même succession infinie de vie et de mort. La longue chaîne des hommes ne se brise pas. Ce sera bientôt mon tour de disparaître. La vie s’achève. Mais tout continue pour d’autres que nous.»
Laurent Gaudé — Le Soleil des Scorta (Actes Sud)

Un homme dans une voiture

La Vallette

La Vallette (Malte) – Grand Harbour by night

« Voici vos clefs, Monsieur. La voiture est garée dans le parking de l’aéroport, à deux pas d’ici. Pour y aller, c’est très simple, vous traversez la route qui passe devant le terminal, vous prenez à droite sur le trottoir d’en face et vous marchez sur une centaine de mètres jusqu’à la ligne jaune qui conduit à nos voitures. Cela ne vous prendra pas plus de trois minutes. Et d’ailleurs, votre voiture aussi est jaune, ah-ah ! C’est une Hyundai Atos jaune. »

Je n’avais aucune idée de ce à quoi une Hyundai Atos pouvait bien ressembler. J’avais juste réservé une petite voiture de location et une chambre d’hôtel en achetant mon billet d’avion pour La Vallette. Il était six heures du soir et à cette heure-là, en février, il fait nuit. Impossible de distinguer la moindre ligne jaune sur le sol, mais des voitures jaunes, ça oui, il semblait y avoir des centaines dans cet immense parking mal éclairé. Après vingt ou vingt-cinq minutes passées à déchiffrer des plaques d’immatriculation à la lumière de mon téléphone, j’ai fini par tomber sur le bon numéro. Ouf. J’ai mis ma valise dans le coffre, ai ouvert la porte du conducteur, et… Quoi ? Le volant est placé du côté passager ? Oh me*de ! On conduit à gauche à Malte ?

Je devais rejoindre un hôtel situé dans une ville appelée Floriana « c’est juste avant d’entrer dans La Vallette », m’avait dit le loueur de voitures, « vous ne pourrez pas le louper » (mais je n’étais pas non plus censé louper la ligne jaune sur le trottoir, n’est-ce pas ?), en conduisant une voiture où tout était à l’envers. Avez-vous déjà essayé de passer les vitesses d’une boîte mécanique avec la main gauche ? [Cette question s'adresse uniquement aux lecteurs droitiers non-britanniques]. Croyez-moi sur parole, c’est un must, spécialement la nuit, dans un pays étranger, alors que vous ne savez pas exactement où vous devez aller.

Par chance, les routes étaient pour la plupart à sens unique mais il y avait des ronds-points ! Oh me*de, à nouveau… est-ce que je dois prendre ce giratoire dans le même sens que chez nous ou dans l’autre sens ? Aucun panneau ne l’indiquait et, à l’évidence, les conducteurs autochtones avaient tous sournoisement décidé de ne plus emprunter cette route tant que j’y serais pour ne pas risquer de me servir d’exemple. Mais à rusé, rusé et demi ! Je me suis rangé sur le bas-côté jusqu’à ce qu’une voiture veuille bien arriver et qu’elle prenne le rond-point… à l’envers bien sûr, dans le sens des aiguilles d’une montre !

Une demi-heure et quelques erreurs de trajet plus tard, j’ai fini par arriver à la ville. Ah chouette, voici l’enseigne de l’hôtel ! Tout heureux, j’ai tourné à gauche dans sa direction en cherchant des yeux une place pour me garer. Vous savez, les policiers sont très polis par ici.

« Bonjour Monsieur, avez-vous remarqué que vous conduisiez sur le côté droit de la chaussée, juste avant de prendre cette route à sens unique dans le mauvais sens ? » demanda le policeman en me saluant. Je tâtonnai fébrilement sur ma portière pendant quelques secondes en cherchant le moyen d’ouvrir la fenêtre, ne réussis pas à trouver le bouton (c’était aussi une poignée mécanique), et finalement ouvris la porte et descendis sur la chaussée en m’excusant.

« Je suis désolé Monsieur l’Agent, je n’ai pas l’habitude de conduire à gauche et j’étais si content d’avoir enfin trouvé mon hôtel ! » Il me regarda avec un tel air de commisération que j’eus l’impression de l’entendre penser : ce pauvre garçon est français, et visiblement un peu limité. « – C’est bon, allez-y », me dit-il en me montrant une place de parking. « Dépêchez-vous, s’il vous plaît. »

Les amis, j’ai un jeu amusant à vous proposer : le jour où vous aurez l’occasion de conduire une voiture avec le volant à droite, essayez donc de vous garer en marche arrière sur une place de stationnement coincée entre deux arbres, alors qu’il fait nuit noire et qu’un policier vous surveille. Vous verrez, vous allez adorer. Mais bon, j’y suis arrivé. Ma valise à la main, je suis entré dans l’hôtel et me suis dirigé vers l’accueil, riant intérieurement en imaginant le récit que Jerome K. Jerome aurait pu tirer de mes tribulations.

(La Vallette, 7 février 2007)

Pise-aller

Pise
… À suivre !

Et voilà… la première partie de ma longue promenade s’est achevée à Pise il y a une semaine et me voici de retour chez moi, à Paris.

Depuis mon départ il y a trois mois, bien des choses se sont passées. J’ai parcouru à pied un peu plus de 1.800 kilomètres et grimpé – et redescendu – environ 33.000 mètres de dénivelé. Et surtout, j’ai vécu intensément chaque journée, j’ai vu des endroits splendides et j’ai fait de belles rencontres.

Avec un smartphone, il aurait été beaucoup trop long de publier chaque jour sur ce blog les billets que j’ai écrits sur Facebook pendant mon périple mais ils sont désormais tous accessibles ici.

Les événements de ces derniers mois ont montré que rien n’était acquis et qu’il était hasardeux de faire des prédictions, « surtout quand elles concernent l’avenir », mais si tout va bien je repartirai de Pise l’an prochain, sans doute au début du mois de mai, pour effectuer la seconde partie de ce voyage à pied jusqu’à Syracuse.

Donc… à suivre !

Où suis-je ?

Il est peu probable que j’écrive de nouveaux articles de blog au cours des prochains mois puisque j’ai enfin pu partir de Paris aujourd’hui. Me mettant en route trop tard pour espérer arriver à Syracuse cette année, je vais répartir ce trajet sur deux ans. Je suivrai l’une ou l’autre des deux traces prévisionnelles indiquées en rouge sur la carte ci-dessous :
- l’initiale, passant par la Suisse et le Col du Grand Saint Bernard, est mise en stand-by par l’incertitude actuelle sur le passage des frontières ;
- la seconde, passant par Menton via la Grande Traversée des Alpes, me permettra si nécessaire d’aller le plus loin possible vers le sud tout en restant en France.

Les deux traces se rejoignent en Italie au niveau de l’Alta Via dei Monti Liguri. On verra bien laquelle je peux suivre, selon l’évolution de la situation sanitaire. J’indiquerai sur la carte, jour après jour, toutes mes étapes réellement effectuées depuis Paris. Au fur et à mesure que le temps passera et que les étapes se succéderont, les petites marques bleues devraient donc recouvrir les traits rouges… et la dernière de ces marques indiquer l’endroit où je suis arrivé(l’icône située en haut à droite permet d’ouvrir la carte en grand dans Google Maps).

Par suite d’un incident indépendant de notre volonté…

4 mai

Voilà près de deux ans que la date d’aujourd’hui était entourée de rouge dans mon calendrier mental, comme LE jour où je fermerais la porte de mon appartement, sac sur le dos et chaussures de marche aux pieds, et où j’entamerais un long voyage à pied de Paris à Syracuse.

Eh bien, c’est raté ! Au lieu d’être aujourd’hui en train de m’extirper de la métropole parisienne, je suis confiné à mon domicile à cause d’un virus qui paralyse le monde entier, et j’écris ces quelques lignes sur le clavier d’un ordinateur que je pensais ne plus avoir l’occasion d’utiliser pendant six mois.

Le plus fort de la déception est toutefois déjà passé car j’ai progressivement compris au cours des dernières semaines qu’il ne me serait pas possible de rallier Syracuse cette année.

Cela ne veut pas dire que j’aie pour autant renoncé à faire cette longue marche. Le risque qu’un randonneur solitaire en bivouac attrape le virus, et devienne donc contagieux, est assurément plus faible que celui que la même personne court et fait courir aux autres en vivant à Paris, et seules les interdictions actuelles m’empêchent de partir.

Il est en effet actuellement interdit aux Français de s’éloigner de leur domicile d’une distance supérieure à 100 km mais on peut toujours espérer que cela redeviendra autorisé avant l’été. Cela me permettrait de partir quand même cette année, mais pas d’atteindre la Sicile avant novembre ou décembre, à une époque où les journées sont vraiment très courtes et où il ne serait plus envisageable de gravir l’Etna sans équipement hivernal.

Espérer n’est pas interdit par les lois »
— Henry de Montherlant

En admettant que nous ne soyons pas privés trop longtemps du droit de nous déplacer librement, j’ai donc prévu de scinder mon périple en deux parties : une partie française cette année, une partie italienne l’an prochain. Je suivrai d’abord un chemin proche de mon trajet initial via le cours de la Seine, le Morvan et le Jura mais, au lieu de continuer ensuite vers la Suisse et le Col du Grand Saint-Bernard, je rejoindrai la rive sud du Lac Léman pour poursuivre mon voyage par la Grande Traversée des Alpes jusqu’à Menton, où j’atteindrai à la fois la Méditerranée et la frontière italienne.

L’an prochain, je repartirai de Menton et passerai en Italie par l’Alta Via dei Monti Liguri, sauf si je décide plutôt de partir une nouvelle fois de chez moi afin de parcourir en une seule fois le trajet initialement prévu.

La carte ci-dessous indique ce nouveau tracé, avec en bleu le souvenir du trajet primitif par la Suisse, le Val d’Aoste et le Piémont. Mais pour l’instant… wait and see! Ou plutôt : chi vivrà vedrà!

Dans la forêt (Jean Hegland)

Dans la forêt

Nell a 17 ans. C’est son journal que nous lisons, rédigé sur le cahier qu’Eva, son aînée d’un an, lui a offert pour le premier Noël qui a suivi la mort de leurs parents. Les deux sœurs ont toujours vécu dans leur maison familiale, au cœur d’une grande forêt du nord de la Californie. Elles étudiaient avec acharnement, Nell pour intégrer Harvard, Eva pour devenir ballerine. Leur vie était heureuse jusqu’à la mort de leur mère, d’un cancer, quelques mois plus tôt, même si le monde qu’elles ont toujours connu avait déjà commencé à s’effondrer.

Autour d’elles et de leur père, en effet, tout se détériore peu à peu. L’électricité va et vient puis disparaît. Le téléphone, internet, la poste, plus rien ne fonctionne. Les magasins ferment, les trains et les avions ne circulent plus. Protégées par leur isolement, elles apprennent par touches que des troubles ont eu lieu dans le pays et ailleurs sur la planète, qu’il y a des épidémies, des crues, peut-être un accident nucléaire, mais finalement aucun événement initial bien identifié qui signerait le début de cette fin du monde.

Livrées à elles-mêmes après la mort accidentelle de leur père, les deux sœurs doivent apprendre à survivre et à vivre ensemble. Elles vont faire leur deuil d’un monde qui n’existe plus et de rêves d’avenir qui n’ont plus aucun sens. Devenues adultes en peu de temps, il leur faut subvenir à leurs besoins essentiels et pour cela apprivoiser la nature qui les entoure.

À la fois roman post-apocalyptique, roman écologique et roman d’apprentissage, et soutenu par une splendide écriture, « Dans la forêt » — dont la publication aux États-unis date de 1996 — est l’un de ces rares livres qu’on voudrait pouvoir lire à la fois très lentement pour en déguster chaque phrase et à toute vitesse pour connaître la suite… un livre qui marque et dont on se souvient.

Dans la forêt (Jean Hegland)
« Au début, quand le courant sautait alors que nous préparions un repas, nous sortions le réchaud à gaz Coleman et terminions la cuisson sur les brûleurs qui sifflaient, jusqu’au jour où nous n’avons plus pris la peine de ranger le Coleman.
Lorsque nous avons fini la dernière bonbonne de gaz et qu’à la quincaillerie on n’en vendait plus nous avons trouvé comment cuire des pommes de terre sous le charbon du poêle dans le salon et appris à faire sauter des pancakes, à cuire des haricots à l’eau et du riz à la vapeur sur le dessus. [...]
Notre père a creusé un trou dans le ruisseau, l’a tapissé de pierres et de sacs-poubelle en plastique noir, l’a recouvert avec un panneau de signalisation CÉDEZ-LE-PASSAGE qu’il avait récupéré autrefois à la déchetterie, et l’a fièrement appelé « réfrigérateur ». »

Jean Hegland — Dans la forêt (vf. Gallmeister, 2017)
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