Dans la forêt (Jean Hegland)

Dans la forêt

Nell a 17 ans. C’est son journal que nous lisons, rédigé sur le cahier qu’Eva, son aînée d’un an, lui a offert pour le premier Noël qui a suivi la mort de leurs parents. Les deux sœurs ont toujours vécu dans leur maison familiale, au cœur d’une grande forêt du nord de la Californie. Elles étudiaient avec acharnement, Nell pour intégrer Harvard, Eva pour devenir ballerine. Leur vie était heureuse jusqu’à la mort de leur mère, d’un cancer, quelques mois plus tôt, même si le monde qu’elles ont toujours connu avait déjà commencé à s’effondrer.

Autour d’elles et de leur père, en effet, tout se détériore peu à peu. L’électricité va et vient puis disparaît. Le téléphone, internet, la poste, plus rien ne fonctionne. Les magasins ferment, les trains et les avions ne circulent plus. Protégées par leur isolement, elles apprennent par touches que des troubles ont eu lieu dans le pays et ailleurs sur la planète, qu’il y a des épidémies, des crues, peut-être un accident nucléaire, mais finalement aucun événement initial bien identifié qui signerait le début de cette fin du monde.

Livrées à elles-mêmes après la mort accidentelle de leur père, les deux sœurs doivent apprendre à survivre et à vivre ensemble. Elles vont faire leur deuil d’un monde qui n’existe plus et de rêves d’avenir qui n’ont plus aucun sens. Devenues adultes en peu de temps, il leur faut subvenir à leurs besoins essentiels et pour cela apprivoiser la nature qui les entoure.

À la fois roman post-apocalyptique, roman écologique et roman d’apprentissage, et soutenu par une splendide écriture, « Dans la forêt » — dont la publication aux États-unis date de 1996 — est l’un de ces rares livres qu’on voudrait pouvoir lire à la fois très lentement pour en déguster chaque phrase et à toute vitesse pour connaître la suite… un livre qui marque et dont on se souvient.

Dans la forêt (Jean Hegland)
« Au début, quand le courant sautait alors que nous préparions un repas, nous sortions le réchaud à gaz Coleman et terminions la cuisson sur les brûleurs qui sifflaient, jusqu’au jour où nous n’avons plus pris la peine de ranger le Coleman.
Lorsque nous avons fini la dernière bonbonne de gaz et qu’à la quincaillerie on n’en vendait plus nous avons trouvé comment cuire des pommes de terre sous le charbon du poêle dans le salon et appris à faire sauter des pancakes, à cuire des haricots à l’eau et du riz à la vapeur sur le dessus. [...]
Notre père a creusé un trou dans le ruisseau, l’a tapissé de pierres et de sacs-poubelle en plastique noir, l’a recouvert avec un panneau de signalisation CÉDEZ-LE-PASSAGE qu’il avait récupéré autrefois à la déchetterie, et l’a fièrement appelé « réfrigérateur ». »

Jean Hegland — Dans la forêt (vf. Gallmeister, 2017)

Marcher seul

seul

Certaines personnes vous diront que les randonneurs solitaires sont forcément des misanthropes, ou bien qu’ils sont seuls parce qu’ils n’ont trouvé personne pour les accompagner. Je pense que la réalité est tout autre. Aussi étonnant que cela puisse paraître, marcher seul favorise au contraire les échanges avec les personnes que l’on croise car on est alors bien plus disponible pour discuter avec elles et pour les écouter.

Marcher en groupe est une excellente façon de partager des moments agréables avec sa famille ou ses amis, de discuter, de rire, et parfois aussi de se mesurer à eux dans un esprit de compétition, mais le groupe une fois créé risque fort de rester centré sur lui-même et d’imposer sa présence à ceux qu’il croise plutôt que de s’ouvrir à eux.

Le marcheur solitaire, qui ne gère que lui-même, est forcément plus disponible, et il peut même avoir des efforts à faire pour être accepté par autrui.

Je crois que l’on choisit de marcher seul pour mener son itinérance comme on l’entend, à son rythme et en la maîtrisant de bout en bout, pour marcher en toute liberté en ayant toujours la possibilité de changer d’avis, de ralentir ou de forcer le pas, de modifier sa route ou de s’arrêter là et quand on le décide. Quelques couples (amis ou conjoints) y arrivent aussi mais c’est pratiquement impossible quand on est plus de deux.

« Oui, mais… tout seul, on s’ennuie ! » dira-t-on. C’est vrai, la marche est parfois monotone, à cause de la régularité du paysage, du mauvais temps, de la fatigue ou de notre état d’esprit du jour, et parce qu’au fond, marcher, c’est faire toujours la même chose, c’est sans cesse « mettre un pied devant l’autre et recommencer ».

Mais cette monotonie n’est pas de l’ennui. S’ennuyer c’est ne rien faire, et quand on marche, on fait quelque chose… puisque, justement, on marche ! En regardant on l’on pose les pieds, en observant le paysage, en cherchant son chemin… on fait toujours quelque chose. Lorsque le corps est bien rodé et qu’il ne souffre plus de l’effort au long cours qu’il fournit, l’esprit se libère. Au fil des heures, la pensée devient flottante et le temps passe comme coule une eau tranquille, sans obstacle, affranchi des inquiétudes du quotidien et des aiguilles de l’horloge.

Vers Compostelle (Antoine Bertrandy)
« Si la vie même, le passage du temps alloué à chacun d’entre nous a l’allure d’un voyage, le plus souvent c’est à un voyage à pied que nous la comparons : tous nous sommes des pèlerins qui cheminons dans le paysage de nos histoires personnelles. L’image du marcheur solitaire, actif, qui traverse l’existence sans vraiment s’y installer correspond à une vision très forte de la condition humaine [...] La métaphore de la marche retrouve une dimension littérale chaque fois que nous nous déplaçons à pied. Si la vie est un voyage, lorsque nous voyageons vraiment nos vies deviennent plus tangibles : nous allons vers un but, pouvons mesurer notre progression, comprendre nos exploits. »

Rebecca Solnit — L’art de marcher (Actes Sud – Babel, 2014)

Les animaux dangereux en randonnée

loup

Parmi tous les animaux que je risque de rencontrer sur mon chemin vers Syracuse, quel sont ceux dont je devrai le plus me méfier ? Les ours ? Les loups ? Les sangliers ? Les vaches ? Les serpents ? Les chiens ? ou d’autres ? Voyons voir…

• L’ours brun est devenu le symbole du parc national des Abruzzes mais il est rare et craintif. Je serais sacrément chanceux si j’avais la chance d’en apercevoir. Il en est de même pour les loups en Italie, et pour le lynx dans le Jura. Exit donc d’emblée la crainte des fauves.

• Les sangliers peuvent être agressifs s’ils sont accompagnés de marcassins. Je resterai à distance de ceux que je verrai ! La nuit, comme d’ailleurs les vaches, ils peuvent avoir la mauvaise idée de tourner autour de la tente, au risque de se prendre les pattes dans ses haubans mais dans ce cas il devrait suffire que j’en sorte pour les faire fuir.

• Le risque d’être mordu par une vipère est minime, car elles sont craintives et s’enfuient quand notre pas fait vibrer le sol. Il faudra juste que je fasse attention à ne pas marcher par mégarde sur l’une d’entre elle, encore endormie au milieu d’un sentier, lorsque je partirai très tôt cet été en raison de la chaleur.

• Les chiens… Ah, les chiens peuvent être un vrai danger. On ne compte plus les randonneurs mordus par un patou. Ces chiens de berger ne font certes que leur travail en protégeant le troupeau, mais tous les randonneurs savent que la gestion de ces rencontres est parfois difficile. On change de chemin, on contourne le troupeau à bonne distance, on parle calmement au chien sans geste brusque et sans le regarder dans les yeux… En principe, ça passe…

Il y a aussi les chiens errants et les chiens de ferme qui sortent de celle-ci, aboyant comme des fous, par le portail laissé grand ouvert… Ceux-là sont souvent agressifs. Calme et attitude corporelle ne suffisent pas toujours et il faut savoir les menacer avec son bâton ou avec des cailloux, voire faire plus que menacer.

• En fait, les animaux que je redoute vraiment sont les plus petits. Les moustiques bien sûr, contre lesquels moustiquaire, vêtements traités à la perméthrine et spray anti-moustiques feront ce qu’ils peuvent, et surtout les tiques. Ces sales petites bêtes seront présentes tout au long de mon chemin, surtout dans les zones boisées, et beaucoup sont infectées par une bactérie (la borrelia) responsable de la maladie de Lyme.

Prudence donc, même si les sprays anti-moustiques repoussent habituellement aussi les tiques. Je marcherai le plus souvent en pantalon dans les zones à risque et je vérifierai chaque soir avec un miroir les endroits les plus intimes de mon anatomie, ces régions chaudes et humides que les tiques affectionnent particulièrement. Ensuite, retire-tique et pince à épiler feront leur office !

• Et puis… l’animal le plus dangereux qu’on risque de croiser en randonnée est assurément l’être humain. Les rencontres sont pour moi l’un des principaux attraits de la randonnée, je souhaite donc être ouvert aux autres le plus possible. Toutefois, un minimum de méfiance et de retenue ne pourra pas me nuire, même si marcher en solitaire est sans aucun doute moins risqué pour un homme que pour une femme.

Peur, moi ?

danger

Beaucoup de personnes auxquelles je parle de mon projet de rejoindre Syracuse à pied depuis Paris me demandent immédiatement : « Mais tu n’as pas peur ? », ce à quoi je réponds : « peur de quoi ? »

« Mais… peur de t’ennuyer tout seul ? Peur de dormir dans les bois ? Peur d’avoir froid, d’avoir faim, d’avoir soif ? Peur de te perdre ? Peur des animaux sauvages ? Peur de faire une mauvaise rencontre ? Peur d’avoir un accident ? »

En fait, non, je n’ai pas peur… Cela ne veut pas dire que je suis inconscient mais il faut savoir faire la différence entre les dangers réels de la randonnée solitaire, qu’il faut connaître pour les réduire le plus possible, et les craintes souvent irraisonnées qui hantent l’imaginaire collectif !

Le principal risque de la randonnée, c’est celui d’avoir un accident. On peut tomber et se casser une jambe, ou pire. Bien sûr, un accident est possible dans toutes les circonstances de la vie mais il est assurément plus élevé en randonnée, surtout en montagne, qu’en restant assis devant son écran.

Il est indiscutable que la gestion de l’accident est plus difficile quand on est seul et que cela rend souhaitable un certain nombre de précautions :
- rester sur les chemins balisés,
- indiquer son parcours à un proche ou aux refuges croisés,
- avoir sur soi un téléphone portable à la batterie suffisamment chargée,
- emporter éventuellement une balise de localisation,
- et bien sûr, avoir de quoi boire et se tenir chaud pendant le temps nécessaire à l’arrivée des secours.

En revanche, le risque d’avoir un accident n’est pas plus élevé quand on est seul que lorsqu’on est plusieurs. Il est même sans doute moindre parce que, lorsqu’on est seul, on marche à son rythme, sans avoir besoin de forcer ou de se freiner pour coller au groupe. On peut ralentir voire décider de changer de chemin si on ne se sent pas à l’aise. On est plus concentré parce qu’on est le seul à prendre des décisions et que l’on n’est pas distrait par la conversation du voisin.

Quand on est seul, on est responsable de soi-même. Il faut donc bien connaître ses limites et savoir ne pas insister si l’on pense être en train de se mettre en danger.

En résumé : non, je n’ai pas peur… mais je suis prudent !

Six mois, six kilos, Syracuse

Léger comme une plume...

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’est pas nécessaire d’emporter plus de matériel pour un voyage à pied de plusieurs mois que pour une randonnée de quelques jours. Peut-être même est-ce le contraire, à en croire les pélerins vers Compostelle qui décident souvent de se délester en cours de route d’objets qu’ils avaient pourtant jugés indispensables avant leur départ.

Il faut dire que le poids du sac à dos porté par beaucoup des randonneurs qu’on croise sur les chemins dépasse allègrement les dix, douze, voire quinze kilogrammes, y compris pour des randonnées de quelques jours !

Cela dit, je serais mal placé pour les critiquer puisque j’étais moi-même dans ce cas il n’y a pas si longtemps. Par exemple, lors de mes traversées Nord-Sud, puis Est-Ouest de la France, mon sac à dos pesait environ 14 kg. Il m’est même arrivé de renvoyer par la poste plusieurs kilos de matériel de bivouac pour dormir ensuite en chambres d’hôtes, tant mon dos et mes jambes n’en pouvaient plus.

Quelle différence avec maintenant ! Pour le voyage à pied entre Paris et Syracuse que je compte faire cette année, le poids de base de mon sac sera inférieur à 6 kg. Cet allègement s’est fait progressivement en un peu moins de deux ans. Mes essais successifs sur le terrain m’ont permis d’arbitrer entre mes craintes antagonistes d’inconfort lié au manque d’un objet et d’inconfort lié au poids porté.

Les conseils avisés glanés sur divers sites, et tout particulièrement sur le forum randonner-léger m’ont également beaucoup aidé. En voici quelques uns :

Ce qui pèse le moins lourd, c’est ce qu’on n’emporte pas.

Ajoutés les uns aux autres, les gadgets « qui ne pèsent que quelques grammes » finissent pas peser lourd sur les épaules. Avant d’emporter un objet « au cas où », posons-nous la question de savoir si l’on en aura réellement besoin ou si, après tout, on pourra aussi bien faire sans.

Diminuer le nombre de vêtements de rechange fait aussi gagner beaucoup de poids. Par exemple, pourquoi prendre deux paires de chaussettes de rechange ? Une seule suffit, qu’on pourra porter pendant que la première paire sèche sur le sac à dos. La troisième paire, qu’on avait prise pour se rassurer, ne sert jamais. Allez hop, on supprime, et le poids est réduit du tiers. C’est évidemment la même chose pour tous les vêtements pour lesquels on souhaite emporter un change : T shirt ou chemise, sous-vêtements, etc.

Vive la polyvalence !

Un unique objet pouvant jouer plusieurs rôles pèse moins lourd que plusieurs objets dédiés chacun à un seul usage. Un bâton de marche peut servir de mât pour la tente. Si le matelas sur lequel on passe la nuit est un matelas mousse, il pourra aussi servir pendant la journée, en rigidifiant un sac à dos sans armature.

Le smartphone est l’objet polyvalent par excellence : il ne sert pas seulement d’instrument de communication (téléphone, sms, mails, accès internet) mais peut aussi remplacer appareil photo, caméra, GPS, lecteur mp3, lampe de poche, dictaphone, bloc-note, liseuse, altimètre, boussole, j’en oublie sans doute… permettant ainsi de choisir d’emporter ou pas chacun de ces divers objets.

Un passionné de photo ne se contentera pas du smartphone pour faire ses clichés mais il sera bien content de pouvoir emporter son reflex parce qu’il aura gagné du poids ailleurs. Le fait d’avoir un sac léger permet de s’autoriser des extras.

Avoir une balance, et l’utiliser !

C’est ballot, mais pour se rendre compte qu’un objet est plus ou moins léger, on n’a encore trouvé aucun meilleur moyen que le peser. Ayant l’habitude de tenir un journal de marche tout en étant incapable d’écrire longuement sur le clavier d’un smartphone, je m’autorise le caprice d’un carnet de notes et d’un stylo. J’ai eu la surprise, le jour où j’ai pensé à les peser, de constater que mon carnet de notes habituel pesait plus de 300 grammes, et que j’emportais sans réfléchir un stylo de 30 grammes. Je les ai remplacés par un carnet plus fin et un banal stylo Bic, gagnant 250 grammes sans avoir rien sacrifié.

Autre exemple : pourquoi emporter un gros couteau de 150 grammes, parfait pour le bushcraft mais dont on ne se servira en fait que pour couper du saucisson ? On divisera ce poids par 3 ou 4, au moins, en prenant à la place un petit Opinel.

Trois questions simples à se poser

En résumé, il est donc souhaitable de se demander d’abord, pour chaque objet, si on en a vraiment besoin ; puis s’il ne serait pas possible d’utiliser un autre objet pour faire aussi ce à quoi on le destine ; et enfin s’il n’en existe pas un autre modèle plus léger. Se poser ces questions simples permet de faire un grand pas dans l’allègement du sac à dos.

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